Archives de février 2012
Rose Cousins – We Have Made A Spark
Rose Cousins fut révélé au grand public avec sa participation en tant que choriste au disque « Three » de Joel Plaskett, en plus de l’avoir accompagné lors de la tournée suivant cet album. Il ne faut pas oublier que l’auteure-compositrice-interprète menait déjà une belle carrière solo : « We Have Made A Spark » est son quatrième album en carrière, depuis ses débuts officieux en 2002. Après des tournées internationales, quelques prix au Gala de la musique de la Côte Est et au Canadian Folk Music Awards, Rose Cousins s’est tourné vers la Nouvelle-Angleterre pour l’écriture et la réalisation de « We Have Made A Spark », comme documenté dans le documentaire « If I Should Fall Behind ».
Ici, Rose Cousins voit l’occasion d’utiliser ses mélodies pour en faire le canevas d’une oeuvre personnelle. « We Have Made A Spark » est le récit d’une histoire amoureuse dans les doutes, les remises en question et le non-dit. Oubliez les excès mélancoliques de ces thématiques, ici on a droit à une livraison juste et sincère. Pourtant, son interprétation est puissante ; on la sent sincère, sans qu’elle aille à pousser la note. Cousins réussis à tout transmettre à l’intérieur d’une chanson, sans décalages. Les paroles et les arrangements occupent une bonne partie de l’album, laissant peu de places au silence ou au vide. Le piano, les guitares et les choeurs ne la soutiennent pas, mais servent d’accompagnement.
Elle est bien loin de réinventer la musique folk, mais tâtonne la pop au piano. Si son produit n’est pas ce qu’il y a de plus original, on y retrouve de superbes ballades dont « If I Should Fall Behind », une ballade folk aux accents country, où l’on préfère la sobriété aux exagérations. Choix judicieux ; Rose Cousins est déjà en confiance, même si on la sent bien plus franche lorsqu’elle s’inspire des sonorités de la Côte Est comme sur “White Daisies”. Au bout de l’écoute, il n’y a plus de doutes. « We Have Made A Spark » fait partie de ce qui se fait de mieux dans le genre.
Site officiel: http://rosecousins.com/
“If I Should Fall Behind” : http://www.youtube.com/watch?v=_DxhcNhucvo&feature=youtu.be
Pierre Fortin – Mécanique d’hiver
On connaissait surtout Pierre Fortin pour son travail de batteur (Galaxie, Dales Hawerchuck). La parution de « Mécanique d’hiver », son premier album solo, ne devrait pas vous surprendre plus qu’il le faut. Peu après le passage au nouveau millénaire, Fortin a troqué les baguettes pour le rôle de frontman au sein du groupe Les Frères Cheminaud. Leur premier album, « L’jour pis la nuite », est un très bon produit alt-country, en plein dans le mouvement Bleuet-core des dernières années. Sur « Mécanique d’hiver », il assume pleinement ses intuitions d’auteur-compositeur-interprète.
On est pas trop déstabilisé. Le folk rock psychédélique de Fortin ne déteint pas tellement de ce à quoi ses contemporains nous ont habitués. C’est lent, planant, twangy et fuzzé. Là où il nous surprend, c’est quand il sort un crayon, pour écrire son manuscrit mécanique. Ses chansons d’amour ne possèdent pas cet aspect machinal, grâce aux couleurs régionales et saisonnières du disque. Après tout, on le sent en pleine effervescence, « Y faut qu’tu deal avec c’que t’as dans l’sang, Reste pas pogné les deux pieds dans l’ciment ». Pierre Fortin est imagé, évoquant les formules mathématiques ou le retour au bercail, backhome, avec des éléments distinctifs pour nous transporter dans son univers hivernal.
S’entourant de quelques proches collaborateurs, Pierre Fortin livre la marchandise lorsque vient le temps d’enchaîner les accords de guitare. « Mécanique d’hiver » se fait toutefois redondant; les mélodies sont verbeuses et allongées. Si ça passe quand Fortin réussit à nous captiver avec ses histoires, certaines chansons s’éternisent sans qu’on ait le sentiment d’avoir abouti à quelque chose. L’album adhère à une recette musicale qui a déjà fait ses preuves et Pierre Fortin s’en sort bien quand il ne s’éloigne pas de celle-ci. Il semble il y avoir un tout autre potentiel au niveau instrumental : « Corcoworld », est plus ambitieuse au niveau des arrangements avec ses répétitions, rappelant subtilement le post-rock, mais avec slide et banjo.
Site officiel : http://pierrefortin.mu/
Plants and Animals – The End of That
J’ai fait une overdose de Plants and Animals après la sortie de “Parc Avenue”. Trop de passages dans la région, trop d’amateurs surexcités, trop de “Bye Bye Bye”. Ne vous détrompez pas, j’ai adoré ce premier microsillon et sa cinématographie. Une chance que l’engouement s’est calmé par lui-même. La pause bien méritée me permet de replonger avec bonheur dans l’univers de cette formation que j’apprécie pour ses qualités accentuées dans l’espace, ses désirs progressifs et sa recherche de la chanson rock indé idéale. Si le groupe n’a pas eu le temps de laisser mûrir les chansons de son deuxième album, “La La Land”, leur troisième opus, “The End of That” fut enregistré dans des circonstances bien différentes.
Le gros problème avec « The End of That », leur troisième disque, c’est qu’on a l’impression que le groupe en fait moins : moins d’arrangements, moins d’orchestration, moins de poésie, moins d’espace. Les ajouts du trio ne sont pas nécessairement positifs; Plants and Animals tente sa chance dans le folk rock aux influences roots, une offre plus grande que la demande, surtout quand vous avez déjà fait vos preuves dans les subtilités de la pop orchestrale. Si l’évolution vers cette approche était palpable, elle n’est pas synonyme de finalité. « The End of That » devient intéressant quand l’entité redevient un power-trio, nous en mettant plein la vue.
Ce n’est pas que négatif : toute l’esthétique pop-rock est assumée sur « Lightshow », donnant droit à une petite bombe comme ils savent les amorcer. « 2010 » nous ramène plus près de l’avenue du parc, tout comme les autres bijoux cachés de cet album. « No Idea », plus profonde et « Runaways », progressive et épique nous laissent sur une très bonne note. Malgré leurs ambitions, Plants and Animals possède une attitude de surdoué et « The End of That » incarne cela. Soit on devient carrément un membre du groupe, soit on est un étranger pour qui « Parc Avenue » demeure l’unique référent.
« The End of That », en magasin le 28 février.
Site officiel : http://plantsandanimals.ca/
Ariane Moffatt – MA
Il y a quelques années de cela, j’étais un très grand amateur d’Ariane Moffatt. Si j’ai décroché lors de la parution de « Tous les sens » en 2008, ses deux premiers albums auront été la bande sonore d’une partie importante de ma vie. Sans hésitation, « Aquanaute » et « Le coeur dans la tête » font partie de mes disques préférés de tous les temps. À l’époque, Moffatt était plus électro, un peu plus insouciante et elle demeurait loin des conventions French pop, alors que la réalisation de ses disques était simplement impeccable. C’est comme ça que « Combustion lente », « Terminus », « Seul dans sa catégorie » et « Farine Five Roses » se sont retrouvés en rotation continuelle dans mes listes d’écoute, depuis leur parution. Après « Tous les sens », je ne m’identifiais plus tellement à ses chansons, plus pop, moins mémorables, et je ne saisissais plus tout à fait où l’auteure-compositeure-interprète tentait de se rendre, comme si ce disque était conçu sur mesure pour la France. Ariane Moffatt avait un naturel déconcertant pour la chanson francophone, teintée d’influences anglo-saxonnes, beaucoup moins intéressant sur les extraits radiophoniques de ce troisième album. Peu importe, j’étais désintéressé et les reprises de classiques anglophones pour la série télévisée « Trauma » en 2010 m’ont laissé indifférent, l’album accumulant toujours la poussière numérique sur mon disque dur.
Les choses furent bien différentes quant aux semaines qui auront précédé le lancement de « MA », le quatrième album solo d’Ariane Moffatt. Avant même d’avoir écouté une de ces nouvelles chansons, le battage médiatique m’a redonné confiance. D’abord, six des onze chansons sont en anglais, consensus d’une façade linguistique récurrente au long de sa carrière. Bien que le processus soit solitaire, elle s’est tout de même adjoint les services du réalisateur/bricoleur Pierre Girard (Galaxie, Malajube) et de quelques musiciens dont le guitariste Joseph Marchand, un camarade des premières heures. Les autres interventions sont plutôt limitées, malgré les apparitions d’un fidèle collaborateur, Jean-Phi Goncalves ainsi que de son nouveau protégé, David Giguère.
Pour ma part, j’ai eu le sentiment de renouer avec la Ariane Moffatt de 2002, celle qui m’a fait tomber sous le charme lors de la parution de son premier disque, « Aquanaute ». « MA » est convaincant, inspirant et profond grâce à ses grooves électro-pop, ses atmosphères froides et ses sonorités actuelles. L’expérience intimiste de l’enregistrement aura été bénéfique, permettant ce retour aux racines électro, avec l’évolution de son sens de la mélodie, aiguisé par son bagage artistique. « MA » permet à Arianne Moffatt de trouver le juste milieu entre ses impulsions pop et l’appel du synthétiseur. Ce changement est palpable au niveau de son interprétation. Si elle n’était pas aussi confiante in English lors de ses incursions précédentes, il serait difficile de lui adresser quelconque reproche ici. On n’a plus l’impression de l’écouter s’ajuster continuellement durant les pièces écrites en anglais, arrivant même à les incorporer parfaitement à son oeuvre. Je penche toujours en faveur des pièces francophones, mais c’est par préférence personnelle et non parce qu’elles sont plus efficaces.
En retournant près de son premier terrain de jeu, Ariane Moffatt ramasse une bonne dose de courage et d’inspiration, afin de se libérer de toute pression. En fait, « MA » est un album complet où les espaces comblent autant un besoin mélodique qu’un vide cérébral. C’est toutefois dans les sonorités hybrides du disque qu’on a l’impression qu’Ariane Moffatt est arrivée à bon port, comme si elle savait transposer ses qualités pour en faire un ensemble, un tout.
“MA”, en vente le 28 février.
Site officiel: http://arianemoffatt.com/
Erin Passmore – Downtown
Je n’ai eu qu’une seule chance de voir Rah Rah, (genre de) collectif rock indé, en spectacle. Le groupe originaire de Regina en Saskatchewan fut convaincant sur scène, assez pour me laisser une très bonne impression. Les chansons étaient bien ficelées et leur musicalité était solide, mais ce qui impressionnait, c’était leur énergie, leur plaisir et la satisfaction que les membres retiraient à l’idée de s’échanger continuellement leurs instruments et le rôle convoité de chanteur. C’est pourquoi je fus surpris de retrouver la batteure, Erin Passmore, à l’avant pour quelques morceaux, avec encore plus d’intensité et de confiance que derrière ses baguettes. Il n’est pas étonnant d’avoir droit cet hiver à « Downtown », un EP solo, enregistré entre deux tournées de Rah Rah et lancé avant la parution du troisième album du groupe, plus tard cette année.
S’improvisant Montréalaise pour un été, Passmore s’est entourée du réalisateur Matt Lederman (Holy Fuck, Patrick Watson) ainsi que de membres de WIntersleep, Patrick Watson ou Young Galaxy. « Downtown » est bien plus personnel et intérieur que les contributions de la musicienne pour Rah Rah. Plus sobre et posé dans son interprétation, le maxi révèle des surprises marquantes, comme « Captain », où Passmore se dévoile seule avec sa guitare, derrière une prise de son sobre, ce qui donne de superbes instants intimes à cette ballade. Lorsqu’elle va dans cette direction, on entends tout le potentiel derrière sa carrière solo..
Heureusement qu’il y a ce dénouement, car la pièce titre me laisse indifférent alors que la voix de Passmore n’a pas la même force de frappe que sur le reste du maxi. « Downtown » démontre de beaux flashs, éparpillés dans trop de directions différentes; la world music pop, la soul, le rock alternatif plus lourd. Avec l’absence d’une ligne directrice, on peut considérer aisément cet EP comme une ébauche pour la carrière solo de Erin Passmore. C’est prometteur, mais elle devra découvrir ses limites musicales et imposer des plates-bandes qui serviront de canevas pour la suite des choses.
Site officiel: http://erinpassmore.com/
