Archives de janvier 2012
The Holiday Crowd – Over The Bluffs
Si je n’avais pas eu accès à la collection de vinyles du paternel, j’aurais probablement été un démagogue de la musique indépendante. Tenez, quand on parle de New Wave, j’identifie ce courant plutôt à une suite logique du mouvement post-punk. Martha & the Muffins et Talking Heads me viennent immédiatement en tête, bien avant la pop électro rose fluorescente des années 80. Car il y en a une différence entre le courant post-romantique, post-nucléaire, post-nihiliste et la démocratisation du synthétiseur chez les masses. À vrai dire, j’en ai marre de discuter de musique pop des années 80 et qu’on me parle toujours de Cindy Lauper et de A-ha.
Les Torontois du groupe The Holiday Crowd font de la pop des années 80, plus prêt des Smiths et des Talking Heads que de cette appropriation idéaliste que s’est faite ma génération. En magasin depuis le 24 janvier 2012, le maxi “Over the Bluffs” ramasse des éléments bien précis d’une longue époque musicale plus froide: la basse rappelle Joy Division, la guitare est jangly, la voix est nerveuse et il y a une touche de Chris de Burgh dans l’ambiance générale des sept chansons.
Dès l’ouverture, la musicalité de The Holiday Crowd est éloquente, les arrangements minimaux et le groupe plutôt convaincant dans ses intentions pop. “Never Speak Of It Again” est froid tout en éliminant les surimpressions excessives auxquelles les récentes parutions nous habituent. Si le groupe sait parfois jouer cette carte, le quatuor doit se méfier, car à la longue, les pièces sont trop étirées et le vide de la réalisation sobre n’est pas comblé.
À défaut d’être mémorables, les progressions à vitesse moyenne fonctionnent bien. Le groupe s’épuise lorsqu’il ralentit la vitesse de croisière ou qu’ils tentent d’incorporer un peu de maximalisme dans leur sobriété. L’approche post-punk semble être celle qui permet de faire ressortir les qualités de The Holiday Crowd. Si les membres n’ont pas tout à fait réussi à insérer une touche actuelle ou personnelle sur “Over the Bluffs”, ils peuvent se vanter d’avoir livré la marchandise.
Page Facebook: http://www.facebook.com/TheHolidayCrowd
Andrew Sisk – Treelines
Le lancement du premier album solo d’Andrew Sisk n’est pas passé inaperçu parmi les membres de la guilde des musiciens indé des provinces Atlantique. Après des années à tourner avec les groupes Share et Sleepless Nights, Sisk se lançait dans l’aventure solo en très bonne compagnie. Selon les bribes d’informations disponibles, la réalisation de “Treelines” fut un processus plutôt intime: Sisk s’est occupé de l’enregistrement, en compagnie d’un nouvel allié, son bambin. En plus du petit bout d’chou, il s’est adjoint les services de quelques musiciens, dont Loel Campbell (Wintersleep) et Michael Feuerstack (Snailhouse).
Il n’est pas étonnant de retrouver cette thématique familiale au long de “Treelines”. La pièce titre ouvre cette porte sur la descendance sur une mélodie folk rock en retenue où Sisk tente de faire sortir soit de la sobriété ou de la mélancolie. Si les morceaux suivants, “Fulltime” et “History”, ne se distinguent pas et se perdent au travers de constructions qui n’aboutissent pas, le retour au folk rock canadiana sur “Bridges Burn” permet à “Treelines” de démarrer en bonne et dû forme.
“Treelines” se sépare en trois segments distincts: les bons coups pop (Bridges Burn, Pause), les paysages sonores expérimentaux (Clearing, Pastoral) et les tentatives folk (Whispered, Half Moon). Les chansons folk n’arrivent simplement pas à rejoindre l’intensité des recherches sonores et la solidité mélodique de Andrew Sisk. La deuxième moitié de “Treelines” permet aux morceaux minimalistes de ressortir, grâce au lap steel de Feuerstack et à la guitare classique en solitaire de Sisk.
À défaut d’être sans failles, “Treelines” résume la vision artistique de Andrew Sisk. On aurait aimé découvrir une ligne directrice et une cohésion naturelle dans son matériel solo. Souhaitons qu’il réussisse à mieux ordonner ses idées tout en définissant le créneau dans lequel il souhaite laisser son empreinte.
Page Bandcamp: http://www.andrewsisk.bandcamp.com
Sonic Avenue – Television Youth
Les Montréalais de Sonic Avenues font de la musique depuis déjà quelques années, assez pour que leur nom soit aperçu régulièrement sur des encarts entre Montréal et Halifax. Les quatre membres font de la pop punk qui se rapproche plus des couleurs power pop que de la première vague punk à la fin des années 1970, Sonic Avenues possédant l’atmosphère du premier et l’énergie du deuxième.
C’est cette approche qui distingue immédiatement Sonic Avenues des autres groupes du genre. Dès le départ, on est pulvérisé par leur son concis et précis, les solos de guitare à une corde et les refrains accrocheurs. La formation part sur des bases bien simples et y rajoute de très bonnes constructions qui supportent l’énergie installée au long des 10 chansons. Soulignons également l’utilisation de synthétiseurs et de guitares acoustiques, deux bons ajouts au son de Sonic Avenues. Rares sont les groupes qui réussissent à être aussi pléniers et dynamiques sur disque compact.
“Givin’ Up On You” ouvre le disque tout en élevant la barre avec son mélange hybride de rock garage et de power pop. “Later Summer Goner” me rappelle énormément The Clash, dans sa structure et dans ses arrangements. Ces dix chansons sont en fait de petites bombes pop, du début à la fin, rien à redire sur leur efficacité. Ce n’est pas uniquement par désir d’accessibilité; Sonic Avenues semble avoir complètement absorbé ses chansons et ce son qui les caractérise.
Le créneau auquel s’adresse Sonic Avenues est plutôt précis. De toute façon, ceux qui refusent d’embarquer dans les plaisirs du pop punk méritent de rester amers. Pour les autres, il y a des disques comme “Television Youth” qui ne réinventent rien, mais qui s’apprécient pour les bonnes raisons.
“Television Youth”, en magasin le 31 janvier 2012.
Site officiel: http://sonicavenues.com/
Bidiniband – In the Rock Hall
Ceux qui m’envient d’avoir des proches qui demeurent sur le bord de l’eau, devant un paysage féerique, ne savent vraiment pas de quoi ils parlent. Imaginez, descendre en visite et avoir envie de bouquiner, quand la seule chose qui se rapproche d’une librairie est à une demi-heure d’autoroute et qu’elle possède encore “Le Code Da Vinci” dans sa section des ouvrages populaire. Généralement, c’est un cauchemar, même si cette contrainte me permet de tomber sur de bons coups de la littérature canadienne. Je me suis rendu dans le genre de rayon culturel, jetant un coup d’oeil distrait sur le coin d’étagère qui accumule les livres sur la musique et la poussière, à hésiter entre l’achat de la biographie de Dave Grohl ou la biographie de rien pantoute.
Finalement, j’ai opté pour “On a Cold Road: Tales of Adventure in Canadian Rock”, le premier livre de Dave Bidini, chanteur, guitariste, chroniqueur, écrivain et chroniqueur. Captivante lecture, racontant les histoires de tournée de l’ancien groupe de Bidini, The Rheostatics, en compagnie de The Tragically Hip ainsi que des anecdotes d’un tas de musiciens canadien qui ont contribué à façonner le CanRock avant même qu’on parle d’un tel concept. Si la route a joué son rôle pour la quête d’une identité musicale au pays, elle a collaboré à l’arrivée du deuxième album post-Rheostatics de Dave Bidini.
“In the Rock Hall” est né de chansons qui ont vécu les obstacles de la scène avant d’être travaillées de tous les sens en studio. On est porté à croire que cet aspect pourrait être synonyme d’accessibilité, étant donné le caractère direct de ces morceaux. Les pièces rock fonctionnent bien sous cette formule. Sans trop de détours, “I Wanna Go To Yemen” et ”On Camoragh Lake” nous permettent de nous mettre en place dans l’univers singulier du Bidiniband. Certaines de ses pièces n’ont pas la même portée, mais de bonnes constructions permettent aux instants plus recherchés de ressortir. Ainsi, on retient chaque subtilité de la progression fuzzée de “Last of the Dead Wrong Things”.
Ça se gâte quand le Bidiniband perd sa concision. Il est difficile de comprendre l’utilité des morceaux où les choix de l’auteur-compositeur-interprète passent devant une cohérence nécessaire. S’il peut se la jouer humoriste et songwriter, “In the Rock Hall” fonctionne beaucoup mieux quand Bidini raconte des anecdotes ou qu’il se fait décapant. La fin du disque réussit à racheter le doute installé à mi-chemin de l’album, grâce à une reprise des Rheostatics (Earth) et la pièce titre, un cours de rock en huit minutes.
Le “In the Rock Hall” du Bidiniband est un rappel que Dave Bidini est capable du meilleur, comme il peut semer le doute quant à ses intentions premières lorsque vient le temps d’écrire des chansons. Musicalement, à force de toucher à tout, on ne sait plus qu’est-ce qui est de l’ordre de la dérision (électro pop), de l’hommage (surf pop) et du délire personnel (chant chorale). Heureusement, il y a plus de bons coups rock que de faux pas. À défaut de ne pas toujours réussir la transposition de ses idées, l’écriture littéraire de Bidini rachète la majorité des erreurs.
Site officiel: http://davebidini.ca/
Mak – Éponyme
J’ai entendu parler de Mak, quintette de rock indé, peu après le lancement de leur premier album, de manière indépendante l’automne dernier. On m’a parlé du groupe comme une des rares formations capables de se vanter d’offrir un bel amalgame de styles musicaux. Depuis, ce disque éponyme a eu droit à un relancement au travers la boîte montréalaise L-Abe (Doba, The Blue Seeds).
Mak allie avec brio le rock indé, la pop shoegaze, l’électro ambiant en plus d’incorporer un tas d’influences, sans perdre le fil conducteur qui sert d’identité à la formation. Cet album éponyme étonne par les détails de sa finition autant qu’il est accrocheur par son originalité. En ayant trouvé le juste milieu entre ses ambiances planantes et ses instants rock plus urgent, le chanteur de la formation, Jesse MacCormak, se concentre uniquement sur son interprétation riche et solide.
C’est donc sans temps mort qu’on passe d’une pièce lourde aux influences industrielles (Stab Me) à une belle construction pop menée par une guitare folky qui finit par révéler des accents plutôt progressifs (Bulletproof Love). La finale, “Them” est remarquable grâce aux guitares à la David Gilmour. Mak livre un premier album prometteur, tout en s’amusant avec la pluralité de sa musique.
Site officiel: http://ecoutezmak.com/